Entre passion et thérapie : le parcours inspirant de Alix Edmond multidisciplinaire haïtien
Derrière chaque trait de pinceau, chaque cliché photographique, chaque sculpture façonnée avec soin, se cache un homme à la fois sensible, engagé et profondément humain. Alix Edmond, Artiste peintre, sculpteur, photographe, barman, secouriste et entrepreneur, il incarne une génération créative et résiliente qui transforme la douleur en beauté et l’art en thérapie. Rencontre.
L’histoire commence très tôt, à l’âge de 6 ans, lorsque l’enfant découvre le dessin sur de simples bouts de papier. Une passion qui grandit en silence malgré les réticences maternelles – sa mère rêvait pour lui d’un destin de médecin. Le déclic se produit lors d’un concours de dessin organisé à l’église pendant la période de Noël, où il décroche fièrement la deuxième place.
Mais c’est un déménagement familial qui change sa vie. En s’installant dans un nouveau quartier, il fait la rencontre d’un étudiant de l’École Nationale des Arts (ENARTS) qui devient son mentor. Grâce à lui, il s’initie aux techniques fondamentales de la peinture et de la sculpture, une révélation artistique qui allume en lui une flamme désormais inextinguible.
En 2021, il rejoint le Centre d’Art pour approfondir ses connaissances académiques, ce qui lui permet de participer à plusieurs expositions notables, notamment à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH), à la Bibliothèque Pye Poudre et à la Bibliothèque Municipale de Delmas.
Une vie aux multiples visages
Alix jongle avec plusieurs métiers : artiste, barman, photographe, secouriste et entrepreneur. « C’est compliqué, mais c’est aussi une mission envers la vie elle-même », explique-t-il. Ces différentes facettes, loin de se contredire, sont complémentaires. Elles traduisent sa volonté de laisser une empreinte significative, autant dans l’art que dans la vie.
Parmi toutes ces casquettes, la peinture reste son essence. « Je vis de l’art, je respire l’art », affirme-t-il avec conviction.
Une démarche artistique engagée et thérapeutique
Son style artistique est résolument revendicatif, engagé, sensible aux souffrances du monde. Ses toiles et ses sculptures captent les douleurs invisibles, les blessures sociales, les réalités souvent mises sous silence.
Il puise son inspiration dans les émotions humaines et la nature de l’existence. Chaque œuvre est un miroir de la conscience collective, un cri muet qui invite à la réflexion. À travers son art, il cherche à « toucher la conscience humaine » et à éveiller l’âme de celui ou celle qui regarde.
Photographie et secourisme : deux langages au service de la mémoire et de la vie
Pour lui, la photographie est bien plus qu’un simple art visuel. Elle est un miroir, un outil de mémoire. « Chaque image que je capture, c’est une façon de préserver la mémoire de la nature », confie-t-il.
Quant à son travail de secouriste, il l’associe étroitement à sa pratique artistique. Il raconte notamment avoir sauvé la vie d’une personne touchée par une balle perdue grâce à ses compétences en premiers soins. « C’est une complémentarité de mon être. Mon exposition s’inscrit dans cette dimension thérapeutique. »
Une exposition artistique et thérapeutique à venir
L’artiste prépare une exposition ambitieuse, conçue comme un voyage visuel mêlant peinture et sculpture. Une expérience immersive où l’art se vit comme une thérapie.
Le message central de cette exposition est clair : ne pas se laisser abattre. Dans un contexte haïtien marqué par les crises, il veut rappeler que chacun a un rôle à jouer. « Si tu sais faire quelque chose, fais-le ! »
Il a choisi d’exposer des œuvres liées à la psychologie, capables de « toucher l’âme » du visiteur. En Haïti, où consulter un psychologue reste encore tabou, il voit dans l’art une alternative puissante, un outil d’expression et de guérison.
L’art comme levier économique et social
En tant qu’entrepreneur, Alix croit profondément au pouvoir de l’art comme moteur de développement économique. À condition toutefois que les autorités mettent en place une politique publique incitative, avec des espaces adaptés, un tourisme culturel fort et un écosystème favorable.
Parmi ses projets à venir, il rêve de lancer un grand street art collectif, où plusieurs artistes pourront s’exprimer en plein air, au cœur de la ville.
Un message d’espoir pour clore le voyage
Ce qu’il souhaite que les visiteurs retiennent après avoir vu son exposition ? La magie de l’art haïtien, la complicité entre l’artiste, ses mains et son pinceau.
Et pour ceux qui doutent encore de leur voie, il partage cette maxime :
« Ayez toujours foi en votre art. Suivez votre intuition. Prenez des initiatives. »
