Le passeport biométrique, entre progrès technologique et menace invisible.
Le passeport biométrique est un document de voyage de nouvelle génération qui contient une puce électronique. Cette puce stocke des données personnelles comme la photo, les empreintes digitales et parfois l’iris, dans le but de renforcer la sécurité et de faciliter les contrôles aux frontières.
Il est apparu au début des années 2000, notamment après les attentats du 11 septembre 2001, lorsque les États-Unis ont commencé à faire pression sur l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) pour imposer cette norme à ses pays membres, en particulier ceux du Sud.
Aujourd’hui, plusieurs pays africains comme le Maroc, le Bénin, le Rwanda ou encore le Nigéria ont déjà adopté ce type de passeport. D’autres pays du Sud comme l’Inde ou le Brésil s’y sont également engagés. Cependant, la technologie reste principalement contrôlée par de grandes entreprises européennes telles que Thales, Idemia ou Gemalto, ce qui pose un problème de souveraineté numérique pour les pays qui ne possèdent ni les infrastructures ni les compétences locales pour gérer de telles bases de données.
Le coût d’un passeport biométrique est souvent plus élevé, allant de 40 à 100 dollars US, voire davantage dans certains cas. Pour des pays pauvres ou à économie fragile, ce coût peut devenir un fardeau tant pour l’État que pour les citoyens.
Dans le contexte haïtien, l’introduction du passeport biométrique soulève de vraies interrogations. Qui aura accès aux données ? Seront-elles hébergées à l’étranger ? Haïti a-t-elle les moyens techniques et humains pour assurer la gestion et la protection de ces informations sensibles ? Sans infrastructure numérique nationale solide, le pays risque de renforcer une dépendance déjà préoccupante vis-à-vis des puissances extérieures.
En somme, si le passeport biométrique symbolise la modernisation et la conformité internationale, il pourrait aussi, en l’absence de garde-fous, devenir un nouvel outil de contrôle externe et de perte de souveraineté pour les nations en difficulté comme Haïti. Une vigilance citoyenne et une volonté politique forte seront indispensables pour éviter que cette avancée technologique ne se transforme en piège silencieux.
