Zetwal Ciné projette « July 7 » aux Gonaïves : quand le cinéma devient un acte de résistance culturelle
Dans une Haïti confrontée à l’insécurité, à la fatigue sociale et à l’effritement progressif des espaces culturels, certaines initiatives continuent de croire au pouvoir de l’art. Aux Gonaïves, Zetwal Ciné s’impose progressivement comme l’une de ces rares lumières qui refusent de s’éteindre. Plus qu’une simple projection, c’est une vision culturelle, un acte de résistance par l’image et par le récit.
Portée par l’Association Kreya-Culture en collaboration avec l’École d’Art LAPAGART, l’initiative se veut immersive : le cinéma n’y est pas isolé, il dialogue avec la musique, la danse et les arts visuels. Pour Don Fred Adonai Laguerre, membre actif de l’organisation, l’objectif dépasse largement la technique. Il explique que l’ambition de Zetwal Ciné est avant tout de « redonner au cinéma haïtien sa place » et d’offrir au public « un espace pour se rassembler, rêver et réfléchir ensemble ».
L’idée de Zetwal Ciné naît d’un constat simple : le cinéma haïtien est riche, mais sous-exploité. Le manque de salles, le peu de circuits de diffusion et l’absence de structures solides rendent la rencontre entre les œuvres et le public presque inexistante.
Don Fred insiste sur la motivation profonde de l’équipe : l’initiative n’est pas portée par une simple passion artistique, mais par une conviction. La culture est, selon lui, un moteur de transformation sociale. À travers Zetwal Ciné, l’équipe veut inspirer les jeunes, créer des repères, donner envie de croire à nouveau en une production locale forte. Il résume cette philosophie ainsi : il ne s’agit pas seulement de montrer des films, mais de construire un public conscient, curieux et engagé.
Zetwal Ciné se positionne comme un véritable médiateur culturel. Loin des cercles fermés, l’équipe cherche à créer des ponts entre les artistes et la population, entre les grandes œuvres et les quartiers souvent oubliés, entre le centre et la périphérie. Le projet assume également une mission claire : mettre en lumière les artistes underground, particulièrement en province, là où l’offre culturelle est presque inexistante.
Le choix du film « July 7 » s’inscrit dans cette logique. Pour Don Fred Adonai Laguerre, ce n’est pas un film comme les autres. Il considère cette œuvre comme une étape importante dans l’évolution du cinéma haïtien.
Selon lui, après son rayonnement international, il était essentiel que ce film ne reste pas confiné à la capitale ou aux cercles privilégiés. Amener « July 7 » aux Gonaïves revient à envoyer un message fort : la culture n’est pas un luxe réservé à quelques-uns, elle appartient à tous.
Il explique que la force du film réside dans son scénario, dans l’authenticité de l’histoire qu’il raconte, et dans la manière dont il explore des réalités sociales profondes. Le film ne se contente pas de raconter : il dérange, il questionne, il oblige à regarder en face une partie de l’histoire collective.
Pour lui, « July 7 » prouve surtout qu’Haïti est capable de produire un cinéma de qualité, structuré, ambitieux, capable de rivaliser avec les standards internationaux. C’est cette démonstration qu’il souhaite transmettre au public des Gonaïves.
Zetwal Ciné ne conçoit pas ses activités comme de simples séances de cinéma. Derrière chaque projection, il y a une logique d’expérience, de mise en scène culturelle. L’objectif est de recréer, même sans salles classiques, la magie du grand écran et le sentiment d’appartenance collective.
Don Fred Adonai Laguerre explique que la préparation de l’événement a nécessité un important travail en amont : coordination, créativité, recherche de partenaires, construction d’une programmation artistique. Tout a été pensé pour offrir une atmosphère professionnelle, malgré des moyens limités.
Il reconnaît toutefois les obstacles : le manque de ressources financières, les contraintes techniques, le climat sociopolitique instable. Mais ces difficultés ne freinent pas la dynamique. Au contraire, elles semblent renforcer la détermination de l’équipe, qui avance avec ce qu’elle a, portée par l’énergie de la jeunesse et l’esprit de solidarité.
L’ambition de Zetwal Ciné dépasse l’événement ponctuel. Don Fred exprime clairement une vision à long terme : faire des Gonaïves un pôle culturel de référence.
Il ne s’agit pas uniquement de proposer des spectacles, mais de reconstruire une relation durable entre la ville et la culture. Selon lui, les Gonaïves ont un potentiel énorme et méritent des initiatives à la hauteur de leur histoire.
À travers cette projection, l’équipe souhaite déclencher un mouvement : réveiller la fierté, encourager la participation, donner envie aux jeunes de créer, de raconter, de filmer, d’inventer.
En arrière-plan, une ambition plus large se dessine : voir Zetwal Ciné voyager vers d’autres villes, créer un réseau culturel national, reconstruire peu à peu un tissu artistique affaibli.
À l’approche de l’événement, le message que souhaite faire passer Don Fred Adonai Laguerre reste simple, mais puissant : il ne s’agit pas seulement de regarder un film, mais de vivre une expérience commune.
Il insiste sur l’importance de cette rencontre entre le public et l’œuvre, entre les habitants et leur propre histoire racontée à l’écran. Pour lui, soutenir le cinéma haïtien, c’est protéger l’identité du pays, c’est préserver une mémoire collective.
Et le slogan de l’initiative résonne comme une signature :
« Zetwal Ciné, se sinema, se vibe, se ou. Ann make listwa ansanm. »
